Undine

Ondine (Undine en allemand) est la fille adoptive d’un pêcheur et de sa femme, vivant solitaires au bord d’un grand lac et séparés de la ville voisine par une sombre forêt. Encore enfant, leur fille avait disparu un jour, tombée dans le lac et jamais revue. Le soir même, une petite fille souriante et gracieuse entra par la porte ouverte, ses riches vêtements ruisselant d’eau ; le pêcheur et sa femme l’adoptèrent pour remplacer leur fille disparue.

Quinze ans plus tard, un chevalier, le Sire Huldbrand de Ringstetten, surgit de la forêt et demande au pêcheur l’hospitalité pour la nuit. Celui-ci l’accueille dans sa cabane et lui présente sa femme ; quelque temps plus tard Ondine revient. Dès son entrée, elle est fascinée par le chevalier et lui demande comment il est arrivé chez eux. Sa familiarité lui vaut une réprimande de ses parents adoptifs ; irritée, elle disparaît dans la forêt. En attendant son retour, le pêcheur raconte au chevalier comment Ondine est arrivée chez eux. Mais voilà qu’une tempête déchaîne les eaux du lac et transforme en torrent le ruisseau qui s’y jette, de sorte que la maison du pêcheur se retrouve encerclée par l’eau. Le chevalier retrouve Ondine qui était en sécurité sur un ilot à l’abri des flots, et la convainc de revenir à la cabane.

Il raconte alors ses aventures : peu avant, il a pris part à un tournoi où il a été remarqué par la belle Bertalda, fille adoptive d’un duc. Bertalda lui demanda d’aller explorer la forêt maudite et, bien que n’étant pas réellement épris d’elle, il se sentit obligé d’agir de la façon chevaleresque convenue et de partir pour la forêt. Dans cette forêt, il rencontra d’abord une créature noire semblable à un ours, qui le menaça de le faire rôtir et effraya son cheval qui s’enfuit au galop, pris de peur. Le cheval ne s’arrêta que lorsqu’une haute forme blanche se dressa devant lui ; mais cette forme, à y mieux regarder, se révéla être un ruisseau auprès duquel se trouvait un nain hideux qui réclama de l’or. Le chevalier réussit à échapper au nain, mais il n’était pas au bout de ses aventures : une étrange figure l’empêcha de reprendre le chemin de la ville et ne lui laissa d’autre choix que de suivre le sentier conduisant au lac et à la cabane du pêcheur.

Huldbrand, empêché de quitter la cabane par le torrent toujours grossi, reste avec le pêcheur, sa feme et Ondine. Il finit par devenir proche d’elle, au point que tous le considèrent comme son fiancé. Lorsque la provision de vin du vieux pêcheur est épuisée, Ondine trouve sur le rivage un tonneau de vin, qu’ils ramènent à la cabane. Ondine trouble alors Huldbrand et ses parents en affirmant qu’il ne faut pas penser au propriétaire antérieur du tonneau, aux autres en fait, mais à soi-même. C’est alors qu’on frappe à la porte – alors que la cabane est totalement isolée par les eaux… C’est un moine, aussi prêtre, envoyé par son couvent vers l’évêque afin de plaider la cause du couvent et des villages miséreux qui ont à payer la dîme. À peine avait-il entrepris la traversée en barque du lac qu’une tempête est arrivée et a fait basculer son embarcation près de la cabane du pêcheur.

Huldbrand demande alors au prêtre de les unir, Ondine et lui. Celle-ci offre à Huldbrand un anneau d’or, et en garde un autre pour elle : ses parents lui avaient laissé ces deux anneaux en prévision de son mariage futur, cachés dans ses vêtements. Après avoir béni l’union d’Ondine et Huldbrand, le prêtre demande quel est l’homme blanc qui a regardé toute la cérémonie derrière la fenêtre. Par la suite, lorsque le prêtre demande à Ondine si elle a mis son âme en harmonie avec celle de son époux, celle-ci s’écrie qu’elle n’a pas d’âme, ce qui trouble tout le monde.

Le lendemain, Huldbrand et Ondine constatent que le torrent, dont les eaux infranchissables les isolaient du monde, a repris son cours normal et que Huldbrand peut retourner à la ville. Ondine révèle alors son histoire à Huldbrand. Elle appartient au monde invisible et au peuple des Ondins ; mais bien que leur vie soit douce et longue, ils n’ont pas d’âme. Le père d’Ondine, un prince de la Méditerrannée, a voulu que sa fille ait une âme, ce qui n’est possible que par l’amour d’un homme de la terre, et l’amour de Huldbrand a permis à Ondine d’acquérir une âme à l’égal des humains. Ondine laisse alors le choix à Huldbrand, soit de la garder à ses côtés, soit de la quitter : elle retournerait alors chez les Ondins ; elle révèle au passage que le ruisseau qui a isolé la cabane du pêcheur est son oncle Kühleborn.

Huldbrand choisit de garder Ondine près de lui. Le lendemain ils font leurs adieux au pêcheur et à sa femme, et partent pour la ville accompagnés du moine. En chemin, ils rencontrent un ermite vêtu de blanc : c’est Kühleborn, l’oncle d’Ondine, qui disparaît ensuite dans une trombe d’eau.

À la ville que Huldbrand avait quittée, on le croyait mort, victime des inondations. Sa réapparition fut accueillie avec joie… sauf par Bertalda qui l’avait pourtant pleuré publiquement, mais qui fut jalouse de le voir revenir avec une autre femme. Elle affecta l’indifférence envers Huldbrand, mais accueillit Ondine aimablement et devint bientôt son amie. Alors que tous les trois, sur une place de la ville, discutaient de leur projet de voyage au château de Huldbrand, un homme, en qui Huldbrand reconnut ensuite l’oncle d’Ondine, vint parler à Ondine, puis s’évanouit en approchant de la fontaine sur la place. Quelques jours plus tard, Ondine révéla à Bertalda le secret de sa naissance : elle est la fille du pêcheur et de sa femme, qui entrent à ce moment. Bertalda est furieuse de la condition humble de ses parents biologiques, mais ceux-ci font la preuve de son identité. Ses parents adoptifs, furieux de sa conduite, l’abandonnent et Bertalda doit suivre le pêcheur et sa femme. Elle parvient cependant à émouvoir Huldbrand et Ondine et part avec eux au château de Ringstetten.

Là-bas, Ondine raconte son histoire à Bertalda, alors que tous les trois s’installent dans leur vie nouvelle. Cependant, petit à petit Huldbrand reporta son amour sur Bertalda et une distance s’établit entre eux deux et Ondine, de par la nature non humaine de cette dernière. Malgré sa tristesse, Ondine continuait à faire preuve de douceur alors que Bertalda devenait impérieuse et dure ; Kühleborn continuait à veiller sur Ondine, apparaissant parfois dans le château. Mais un jour, Ondine ordonna aux serviteurs du château de boucher le puits qui fournissait l’eau, pour éviter un grand malheur. Bertalda eut beau protester qu’elle utilisait l’eau de ce puits pour sa toilette et que seule cette eau pouvait conserver la blancheur de son teint, Ondine ne céda pas et le puits fut condamné. Elle expliqua ensuite à Huldbrand que Kühleborn s’irritait de la voir souvent malheureuse, et qu’elle a préféré lui ôter le moyen d’entrer au château par le puits. Elle ajouta que, si le comportement de Huldbrand la fait pleurer près de l’eau, elle court alors le risque qu’un de ses parents la reprenne, offensé de la voir mal traitée.

Vexée de n’avoir pas pu faire prévaloir sa volonté sur celle d’Ondine concernant le puits, Bertalda quitta alors le château, en laissant un mot annonçant qu’elle retourne chez ses parents les pêcheurs. Huldbrand se lança à sa recherche. Bertalda était partie vers la Vallée noire. Lorsque Huldbrand s’y engagea, il y rencontra Kühleborn, puis finit par retrouver Bertalda. Le cheval de Huldbrand ayant pris peur, ils ne purent compter sur lui pour retourner au château mais ils eurent la chance de rencontrer un charretier qui les prit avec lui. Cependant ce charretier n’était autre que Kühleborn et ils se retrouvèrent rapidement en grand danger d’être noyés. Seule l’intervention d’Ondine put calmer les flots qui les menaçaient et leur permettre de revenir au château.

Pendant un certain temps, tous trois vécurent ensuite heureux à Ringstetten. Un jour, Huldbrand se mit à vanter les charmes de la ville de Vienne, et ils décidèrent de partir pour Vienne, en descendant le Danube. Mais, s’il était interdit d’accès au château, Kühleborn retrouvait son pouvoir dans le Danube et troublait les voyageurs par de multiples apparitions. Lors d’un de ces incidents sur le fleuve, Huldbrand se mit en colère contre Ondine, et comme elle le lui avait annoncé, elle dut le quitter et se fondit dans les eaux du Danube.

Huldbrand fut très affligé de la disparition de sa femme. Il évoquait souvent son souvenir avec Bertalda, et Ondine venait souvent le visiter dans ses rêves. Cependant le pêcheur, ayant appris la disparition d’Ondine, jugea que sa fille Bertalda ne pouvait rester ainsi au château avec Huldbrand et vint la chercher. Huldbrand ne put la laisser partir et demanda au pêcheur de lui accorder Bertalda en mariage. Bien que réticent, le pêcheur finit par céder, et on envoya chercher le moine qui avait auparavant marié Ondine et Huldbrand pour qu’il célèbre ce nouveau mariage. Arrivé au château, celui-ci annonça qu’il ne croyait pas à la mort d’Ondine, qui lui apparaissait chaque nuit pour lui demander d’empêcher ce nouveau mariage et de sauver Huldbrand. Mais ni celui-ci, ni Bertalda n’acceptèrent de renoncer à leur projet de mariage et, une fois le moine reparti, ils firent appel à un autre prêtre pour les marier.

La nuit précédant le mariage, Huldbrand fit un rêve : deux cygnes l’emmenèrent sur leurs ailes jusqu’à la Méditerranée, où il vit à travers les eaux Ondine dans un palais de cristal, en pleurs face à Kühleborn qui lui rappelle la loi régissant les Ondins : si Huldbrand la trahit, elle devra le tuer. Mais Ondine a justement fait venir Huldbrand en rêve, pour le prévenir du danger. Au matin, l’écuyer de Huldbrand lui apprend que le moine qui a refusé de les marier n’a pas quitté la région, et qu’il prédit des funérailles à venir. Bien que troublé, Huldbrand décide néanmoins de maintenir le mariage.

Le soir même du mariage, attendant son époux, Bertalda se plaignit de ce que le puits dont l’eau lui permettait de garder la fraîcheur de son teint soit muré. Une suivante qui l’avait entendue donna l’ordre de desceller le puits. Cela se fit facilement et un jet d’eau en jaillit, qui prit la forme d’une femme en pleurs se dirigeant vers le château en qui Bertalda, terrifiée, reconnut Ondine. Celle-ci se dirigea vers la chambre de Huldbrand ; il la reconnut et accepta son sort : la mort, dans un baiser d’Ondine. Huldbrand mort, Ondine disparut de nouveau dans le puits. Mais elle réapparut lors des funérailles de Huldbrand et se transforma en un ruisseau entourant la tombe.

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